Blog non officiel consacré à Jean-Louis Aubert

Entretien avec Daniel Ichbiah

Daniel Ichbiah est un écrivain Français spécialisé dans la musique, les nouvelles technologie et internet. Il est l'auteur de Téléphone: au coeur de la vie et Jean-Louis Aubert: de Téléphone à aujourd'hui sortis respectivement en 2003 et 2006. Il ne m'en fallait pas plus pour essayer d'en apprendre plus sur la conception de ces deux biographies et sur Jean-Louis bien évidement !

Entretien avec Daniel Ichbiah
Bonjour Daniel, vous êtes l’auteur de nombreux ouvrages aux thèmes très variés : musique, informatique, technologie, internet… Qu’est ce qui vous a poussé à écrire sur le mythique groupe Téléphone (Téléphone : Au cœur de la Vie, édition Camion Blanc, 2003) et par la suite une biographie sur Jean-Louis Aubert (Jean-Louis Aubert : de téléphone à aujourd’hui, édition City Edition, 2006) ?

J'avais principalement écrit sur le multimédia (la bio de Bill Gates) et le jeu vidéo (La Saga des Jeux Vidéo dont la 4ème version vient juste de sortir) et souhaitais me diversifier dans la musique. Avant tout, en écrivant des livres tels que les deux que je viens de citer, j'avais adoré le travail consistant à aller à la pêche aux anecdotes, à retrouver un à un les gens qui ont participé à une histoire, recueillir leur témoignage et tisser une fabuleuse histoire à partir de cela. A cette époque, j'avais obtenu des réactions assez incroyables des lecteurs de la bio de Bill Gates ou de La Saga des Jeux Vidéo. Certaines personnes les avaient comme livres de chevet, les relisaient, les conseillaient à d'autres - je connais des gens dont la carrière a été influencée par mes écrits, ça fait drôle quand on l'apprend, mais dans le même temps c'est génial de penser que l'on a pu inciter des gens à vouloir faire de grandes choses ! Je me suis dit que j'avais un style d"écriture très "fun", avec les petits détails incroyables de la vie, quelque chose de très énergétique, que cela s'appliquerait super bien au domaine de la bio musicale. Il restait à trouver une opportunité. Au début de l'année 2003, j'ai fait la rencontre de Fabrice Revolon, éditeur de Camion Blanc, une édition spécialisée dans le rock. Au départ, les idées de bio que je lui proposais ne déclenchaient pas de réaction. Et puis un jour, j'ai pensé au fait que Louis Bertignac était un grand ami de Philippe Ulrich, l'un des personnages clés du livre "La Saga des Jeux Vidéo". Il y avait donc là une porte d'entrée pour Téléphone. Quand j'ai proposé à Fabrice Revolon une bio de Téléphone, il a dit oui immédiatement. Je fonçais un peu dans le vide : je n'avais pas même pris contact avec Bertignac et pas même avec Ulrich. C'est quand même comme cela que tout a commencé avec la demande d'un éditeur et une aventure devant moi. Quand au choix de ce groupe, que dire, il me semble que c'est LE groupe français mythique et qu'il n'a pas eu d'équivalent à ce jour. Lorsque je suis parti à la chasse aux anecdotes, je n'ai pas été déçu. Le livre est le fruit de plusieurs dizaines d'interviews où l'on apprend des choses totalement uniques sur l'histoire groupe, racontées par eux-mêmes ou ceux qui ont été leurs proches. Par la suite, la biographie de Jean Louis Aubert, c'était pour rendre davantage hommage à Jean-Louis dont j'apprécie l'oeuvre en solo plus encore que la discographie de Téléphone ! C'est l'artiste français qui me fait le plus "vibrer" même si son dernier album m'a relativement déçu. Pour l'occasion, je suis reparti à la chasse aux anecdotes et là encore, le livre en est truffé.

J’imagine que cela n’a pas du être facile de convaincre les membres de Téléphone de participer à cette biographie ?

Etrangement, il a été relativement facile d'obtenir une interview de Corine, car son guitariste collaborait avec ma copine de l'époque. Par la suite, grâce à Philippe Urich j'ai obtenu un premier rendez-vous avec Bertignac. Cela n'a effectivement pas été aisé, car il était très concentré sur la création de son album solo, celui qui est apparu en 2005. En tout cas, une fois le rendez vous pris, j'ai passé une soirée angélique à l'écouter raconter ses souvenirs. J'ai aussi eu la chance de rencontrer de nombreux personnages qui ont cotoyé le groupe, tel que Lionel Lumbroso qui est devenu l'un de mes meilleurs amis - il était présent à mon mariage - ou le grand Olive, ex Lili Drop, ami d'enfance de Jean-Louis et immense artiste qui nous a hélas quittés en janvier 2006. Par la suite, les choses se sont un peu ternies avec Corine lorsque je lui ai envoyé certains chapitres à relire. Elle n'a pas apprécié que je cite certaines choses - c'était ma première bio dans le domaine de la musique et j'avais mal évalué l'impact que pouvaient avoir certaines récits une fois couchés sur le papier. A tort ou à raison, elle m'en a alors voulu, alors que j'étais prêt à couper ce qui pouvait l'importuner. Elle a d'ailleurs fait couper certaines choses ce que je peux comprendre pour certaines car cela touchait à sa vie privée, mais beaucoup moins pour d'autres, qui ne la concernaient pas directement. En tout cas, j'ai pu ensuite rencontrer Kolinka grâce à une personne de sa famille. C'était une période difficile pour lui car Marie Trintignant venait de disparaître et il était encore troublé. En tout cas, il a été fidèle à lui-même : franc, direct, entier. Nous nous sommes vus deux fois, comme pour Louis. Vers la fin du livre, je n'avais toujours pas réussi à obtenir l'interview de Jean-Louis, son manager n'était pas chaud pour une rencontre. J'ai donc fait intervenir deux amis à Jean-Louis rencontrés au fil des interviews et lui ai fait parvenir quelques chapitres déjà écrits afin qu'il puisse juger du travail. Un jour, le téléphone a sonné, c'était Jean-Louis qui m'appelait. Il a alors proposé de me voir et nous avons passé une après-midi mémorable (enfin pour moi) où durant des heures, il a raconté des souvenirs hauts en couleurs ponctués par son rire tonitruant !

Comment s’est déroulé votre rencontre avec Jean-Louis lors l’écriture de sa biographie et quelle a été sa réaction à sa sortie ?

La rencontre avec Jean-Louis s'est super bien passée à mon sens. Il m'a tout de même consacré tout une après midi ! Maintenant, quand il a reçu le livre, je pense qu'il a fait une lecture en diagonale de certains passages. L'un des épisodes, où les autres membres du groupe l'ont un peu contraint à partager les droits d'auteur avec eux les droits d'auteurs des chansons qu'il écrivait, a réveillé il me semble des choses encore un peu douloureuses. Il m'a appelé et n'était visiblement pas content. Je crois qu'il n'avait tout simplement pas envie de remuer tout cela. Je pense qu'avec le recul son point de vue évoluera sans doute et qu'il jugera ce travail dans une autre perspective. De toute façon, cela doit être fort difficile de lire des choses qu'un autre a écrit sur soi, en incluant le point de vue d'autres protagonistes d'événements que l'on a vécus. En tout cas, j'ai tenté d'être le plus transparent possible dans le récit et de m'en tenir à des faits tout en essayant de garder vif le rayonnement de Téléphone et de Jean-Louis sur les fans. Je considère que les groupes ou chanteurs mythiques sont importants pour les gens, ils aident à traverser la vie, et j'ai écrit en pensant aux fans qui aiment Jean Louis, Louis, Richard et leur petite bassiste. J'ai donc essayé de maintenir le côté légendaire, un peu merveilleux de l'histoire. En réalité, écrire sur un groupe, rencontrer les amis d'enfance, transcrire tout cela n'est pas un exercice facile. L'on a un peu l'impression d'entrer sur la pointe des pieds dans une famille, une tribu qui a ses codes, une sorte d'instinct commun qui s'est développé durant les années folles du groupe. C'était ma première biographie rock et j'ai en quelque sorte appris le métier sur le tas.

En 2004, vous avez participé au tribute des locataires « Comme on a pu ». Pourquoi aviez-vous choisi « la petite semaine » et quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?

J'adore "La petite semaine" entre autre, parce qu'elle a été enregistrée avec Olive (Olivier Caudron) un petit être merveilleux dont j'ai eu le bonheur de faire connaissance en écrivant la bio. Le texte de Jean-Louis me paraît particulièrement fort avec un vocabulaire qui lui est propre et qui, en ce qui me concerne, fait mouche. Il dit juste ce qu'il faut, comme s'il voulait faire passer un message intense tout en effleurant les choses car il parle avec le ton d'un ami à un être cher qui se laisse séduire par certaines sirènes... J'adore l'intervention à la guitare d'Olive. Pour ce qui est de ma participation à ce "tribute", je n'en suis pas particulièrement fier. Je suis musicien, je joue depuis des années avec d'autres guitaristes que j'ai connus par l'intermédiaire du fan club du guitariste Marcel Dadi dans les années 90. Je me produis régulièrement sur scène avec guitare et voix sur des chansons "fun" que j'écris (voir myspace.com/ichbiah) et ma force est dans le contact direct avec le public. Or, il se trouve j'ai écrit de nombreux livres sur la production musicale, sur Pro Tools, sur Cubase, etc. Pour le tribute de Jean-Louis, j'ai réalisé quelque chose qui sonne "pro" avec des sons de violons, une orchestration fouillée, des cloches et tutti quanti. Cela m'a pris des semaines. En réalité, lorsque j'ai écouté le tribute, la plupart des interventions, c'était du spontané : guitare sèche et voix dans le micro. Dans ce contexte, ma chanson trop léchée sonne un peu trop "produit". J'aurais mieux fait de prendre ma guitare et d'y aller !

Si vous deviez retenir des ses chansons, ça serait laquelle (question difficile je l’avoue wink) ?

Il y en a trois qui surnagent à mon sens. "Temps à nouveau" en premier. J'aime bien dire qu'il s'agit de la meilleure chanson de Téléphone. Elle est habitée d'une folle énergie. Le solo de guitare de Baron est comme un éclair. J'ai été assez étonné d'apprendre qu'il avait lâché cela à toute berzingue alors qu'il se trouvait entre deux avions et était passé au studio dire bonjour. A vrai dire, l'album H est la perle de la discographie de Jean-Louis. C'est son chef d'oeuvre. Il y aussi "La petite semaine" pour les raisons évoquées plus haut. Enfin "Les plages" demeure quelque chose d'énorme pour ce texte sur les enfants des îles qui vivent dans un semi paradis et rêvent de venir chez nous. En plus, la chanson sonne très "années 80" avec son synthé et j'aime ce son. A l'époque où le single est apparu, il a semblé ouvrir un nouveau terrain d'exploration pour Aubert au-delà du son "Stones" du groupe Téléphone. Cette ouverture s'est confirmée avec les albums "Bleu blanc vert", "H" et Stockholm". En revanche, comme je le disais plus haut, je dois avouer que "Idéal Standard" m'a un peu déçu car je l'ai trouvé un peu sage et n'ai pas retrouvé le côté explorateur de climats de Jean-Louis. J'espère qu'il nous prépare quelque chose de plus aventureux. Jean-Louis, lâche toi, fait nous VIBRER !!!

Un énorme merci à Daniel Ichbiah pour sa gentillesse, son accessibilité et sa patience.

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