Blog non officiel consacré à Jean-Louis Aubert

Le dernier pour la route + Entretien avec Jean-Louis Aubert

Le dernier pour la route est l'adaptation d'un roman de d'Hervé Chabalier. Réalisé par Philippe Godeau avec François Cluzet et Mélanie Thierry. Ce film nous raconte l'histoire de Hervé, un patron d'une agence de presse qui décide d'en finir avec l'alcool. Loin de tout et grâce aux autres, il parvient à combattre sa dépendance, en repartant vers une nouvelle vie...


Pourquoi je vous parle de ce film ? Tout simplement parce que Jean-Louis Aubert a composé et interprété la musique du film. D'ailleurs, je vous propose de lire l'entretien de JLA réalisé pour la promotion du film.

Le dernier pour la route + Entretien avec Jean-Louis Aubert
Cette bande originale est la deuxième que vous composez en quelques mois après celle du film de Philippe Claudel Il y a longtemps que je t’aime. Quel a été le déclic pour que l’on vienne vers vous ?

Je connais Philippe Claudel depuis 4/5 ans. Il est venu me voir enregistrer en studio et il a pensé que je pourrais composer la musique de son film. Après l’écoute de la chanson Alter ego, il m’a dit que son film tournait autour du même sujet et nous sommes partis sur cette idée là. Philippe Godeau a fait appel à moi parce qu’il avait beaucoup aimé la musique que j’avais composée pour ce film. Pour le film Il y a longtemps que je t’aime, je suis parti sur une musique acoustique et pour Le dernier pour la route sur quelque chose de plus électrique. Mais ces musiques ont en commun, un petit quelque chose qui évolue dans le temps. La musique suit le cheminement du personnage. Elle s’ouvre, s’élève en passant par divers états : la colère, la patience, l’interrogation. L’auteur navigue dans ces mêmes états d’âme pour arriver à une chanson. Il n’y a pas de volonté de coller à une musique. La musique se fait en même temps qu’on avance dans le film. L’échange est important, je fais du sur-mesure, je suis au service du film, comme un acteur ou un cadreur.

Est-ce un exercice difficile de composer une musique pour un film ?

Je n’ai pas l’habitude de faire des musiques de film. Je pense qu’on vient d’abord chercher chez moi une certaine innocence. Comme un débutant, je travaille sans technique particulière. Alors pour les deux films, je me suis inspiré du personnage principal et je me suis collé à son âme, à son état d’esprit.

Philippe Godeau avait-il une demande particulière ? Comment s’est passé votre rencontre ?

Philippe Godeau avait demandé à d’autres compositeurs et notamment à Craig Armstrong, que j’adore, de travailler sur la musique de son film. Il avait réalisé une très belle maquette qui plaisait beaucoup à Philippe. Mais une fois « posée » sur les images du film, le tout ne fonctionnait pas idéalement. Alors il m’a rappelé et m’a demandé de faire la musique de son film. Là, j’étais très fier d’avoir été choisi !

Au-delà de la musique, qu’est-ce qui vous a touché dans le projet ?

J’ai adoré le film et le sujet me touche énormément. Je connais très bien ce genre de centres de cure et ma petite soeur y travaille. Quand on a fait la tournée « Les aventuriers d’un autre monde », les bénéfices ont été reversés à l’un de ces centres. J’ai eu beaucoup d’amis avec des problèmes divers et variés, quelques-uns sont devenus des personnes exceptionnelles grâce à de petits stages comme ça et …d’autres sont morts… Le film n’est pas condescendant, il n’y a pas de morale à la fin, on ne sait pas ce qu’Hervé va devenir, mais on sait qu’il a redécouvert le langage, l’échange avec les autres dans leur différence. On sait aussi qu’une autre porte s’est ouverte pour lui et que s’il a à nouveau besoin d’aide, il saura où frapper. Je ne sais pas comment on peut avoir un regard tendre sur les autres, si on n’a pas un peu de tendresse sur soi même. Reconnaître qu’on s’est planté, qu’on est tombé, est humain. On n’a pas besoin d’être alcoolique pour se retrouver dans ce film. On vit vraiment cela dans ces centres de cures, et il suffit d’assister à une réunion des Alcooliques Anonymes pour entendre ces témoignages qui font qu’on est moins seuls.

Le film parle de la dépendance et du fait qu’on ne peut pas s’en sortir seul, qu’on a besoin du groupe et de l’échange…

Je trouve ça magnifique, parce que c’est une chaîne d’entraide, avec les mêmes interrogations que celles de l’acteur au début du film. « C’est une secte ? C’est quoi ce bordel ? Je ne suis pas fais pour ça ! » Je suis également passé par ce processus. Je pense que si l’on s’en sort, on en sort grandi avec une nouvelle connaissance humaine et une connaissance de soi. Si ce film peut tendre la main à quelques personnes aussi, je trouve ça très bien.

Sous l’angle de la dépendance à l’alcool, finalement le sujet du film concerne toutes les dépendances en générale.

Il y a une phrase que j’aime beaucoup : « On a toujours le droit de se lever et de partir d’une table où on s’ennuie». Pour ma part, je me suis aperçu aussi que je buvais parce que je m’ennuyais et que je n’avais pas envie de faire mauvaise figure. C’est juste un masque en fait…

Dans le film François Cluzet dit « c’est quand tu es en solo que tu es le plus entouré ». Dans la musique, pensez-vous qu’on est plus fort en groupe ou en solo ?

J’ai eu des périodes ou je n’ai jamais été aussi seul qu’en groupe. Non, au final je pense que ça correspond à différentes périodes de la vie. C’est très bien de partir en groupe, mais au bout d’un moment ça me fait penser aux Frères Jacques ou ces vieux groupes qui font toujours la même chose… même les groupes de rock… et même les groupes qui s’entendent bien…

Le titre de votre dernière tournée « Un tour sur moi-même » pourrait être un sous-titre pour le film de Philippe Godeau, non ?

Oui il y a cet effet de miroir, la projection sur l’autre. C’est vrai que cette tournée c’était une forme de miroir. On est seul mais pas tout seul et cela devient beaucoup plus tendre que la solitude. Alors que la solitude mine, sauf pour quelques initiés qui savent la gérer, parler de soi avec d’autres, partager sa solitude avec d'autres solitudes donne lieu à beaucoup de bonheur, de questionnements sur la vie qui passe…

Vous pouvez me dire un mot sur la chanson du générique de fin Jette une pierre ?

On la croirait écrite pour le film… Quasiment, en tout cas, c’est ce que j’ai fait croire. Je ne sais pas d’où m’est venue cette chanson… peut-être des bords de la Seine ou je me promène souvent et qui m’inspire. Cela m’arrive quelque fois de jeter un souci sous forme d’un caillou dans l’eau.

Que retiendrez-vous de cette expérience sur ce film ?

Je suis très fier d’y avoir contribué. Beaucoup de mes amis sont partis, beaucoup de gens autour de moi ont eu des problèmes de dépendance. Moi-même j’en ai eu, alors si je peux faire un peu partie de la chaîne d’entraide…. Quand Philippe Godeau s’est lancé dans ce film, j’ai eu envie de participer à un projet qui ferait de ces inconnus des gens beaux à l’écran, parce que c’est un peu de ce que j’ai vécu dans la vie. L’idée que le public puisse les découvrir à travers le film me plait.

Un grand merci à Jour J Communication qui a réalisé cet entretien et qui m'a autorisé à le diffuser ici même. Le dernier pour la route est prévu dans les salles obscures pour le 23 Septembre 2009 !

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article